L’art et la culture pour aider les populations meurtries de Beni

Roselyne Mbiya s'est alliée aux jeunes talents locaux pour la réussite de la soirée. Photo: Roselyne Mbiya

Roselyne Mbiya s’est alliée aux jeunes talents locaux pour la réussite de la soirée. Photo: Roselyne Mbiya

Une jeune ressortissante du territoire de Beni a initié un projet culturel sur six mois afin de venir en aide aux populations locales.

AA/Beni/Fiston Mahamba Larousse

Roselyne Mbiya, jeune étudiante originaire de Beni partie, en 2012 en Ouganda pour poursuivre ses études a regagné sa ville natale. Elle y a trouvé un peuple meurtri, encore sous le choc de violences subies pendant plus de neuf mois. C’est ce qui l’a  décidé à créer un projet culturel pour aider ces populations.

L’initiative consiste selon Mbiya à organiser une série d’activités culturelles qui visent d’une part à divertir les habitants de cette ville et à financer d’autre part l’assistance des victimes : la plus grande part des recettes des spectacles organisés étant destinée à cette fin.

Cette initiative qui démarré au début du mois de juillet se poursuivra sur une durée de six mois. Mbiya prévoit entre autres, l’organisation d’un festival de danse traditionnelle, de concours de musique, de chant, de poésie et de dessin…

La ville et le territoire de Beni, situés dans la partie orientale de la RDC, ont connu des massacres sanglants depuis octobre dernier. Des massacres perpétrés par les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) contre les populations civiles.Accalmies, reprises des attaques, assauts nocturnes contre les positions de l’armée et embuscades contre les casques bleus de la Mission onusienne, voilà le quotidien de la population de cette région du Nord-Kivu.

Ceux qui ont échappé aux massacres demeurent marqués par les images. Ils sont sans aucune assistance psychologique, les ONG œuvrant dans ce domaine s’étant tournées vers l’assistance d’urgence aux personnes déplacées.

« Les nouvelles qui me parvenaient de Beni lorsque j’étais à l’étranger, laissaient imaginer une ville déserte… se souvient la jeune fille.  A mon retour, j’ai trouvé un peuple, qui n’a pas encore perdu tout espoir malgré la souffrance dans laquelle il vit. Et c’est pour aider cette population à mieux remonter la pente que j’ai pensé à ce projet culturel. J’ai voulu aussi accompagner cet espoir d’un retour à la paix et renforcer la solidarité au sein de la communauté de Beni ».

Bon nombre d’habitants de la ville apprécient ces événements culturels. Pour Victoire, 25 ans, c’est une diversion. Mais certains se disent sceptiques : « l’initiative pourrait servir des intérêts personnels, car une telle organisation de manifestations permet de brasser de l’argent ».

Roselyne a organisé au début du mois de juillet une soirée dédiée à la mode qui a mis à l’honneur la créativité locale.

Musique moderne et traditionnelle ont été au rendez-vous dans cette soirée à laquelle ont pris part des mannequins, des stylistes de mode, des responsables d’entreprises publiques et privées et bien d’autres figures de la scène politique, culturelle et médiatique locale. Les participants ont notamment échangé autour de la solidarité et de la situation à Beni et ont appelé à un retour de la paix.

Arsène Mapathi, jeune artiste musicien, a estimé dans une déclaration à Anadolu : « Lorsque les massacres ont atteint leur extrême violence, les différentes tribus locales, les politiciens de l’opposition et du pouvoir, les notables de la région, les militaires tant ceux de l’armée congolaise que de la Monusco (Mission onusienne) ont été accusés par les uns et les autres (sans preuve) d’entretenir l’insécurité dans la région pour leurs propres intérêts. Et c’est ce qui a généré une division sociale, favorisant ainsi, l’instauration par l’ennemi d’un climat de terreur. Mais grâce à de pareils événements, les gens réussissent à se parler et échanger des points de vue  sur d’éventuelles sorties de crise ».

Des habits traditionnels ont été vendus aux enchères lors de cette soirée inaugurale. Les recettes de la vente ainsi que l’argent récolté grâce aux droits d’entrée ont été consacrés aux orphelinats locaux.

Au-delà de sa dimension solidaire, la soirée a, surtout, été une occasion pour prouver que la population de Beni est une population qui garde espoir et qui s’accroche à la vie  en dépit  et contre tout.

Un article de l’agence de presse Anadolu.

 

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